L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus.
Dom Juan - Acte V, scène 2
Oeuvre audacieuse et dérangeante qui ne suit absolument pas les règles théâtrales du XVIIe siècle (unité de temps, de lieu et d’action), Dom Juan est un des derniers textes de Molière. Ecrite au moment d’importantes transformations sociales et politiques, après l’interdiction du Tartuffe, cette pièce questionne toute forme d’autorité et d’oppression, qu’elle soit divine ou sociale. Un soufflet bien pesé adressé à une époque sanglée par les codes et les normes : la pièce est retirée dès la quinzième représentation.
Trois cents cinquante ans plus tard, Dialogues du Dom Juan propose une traversée de cette matière-texte. Composé d’extraits du Dom Juan de Molière sous des formes diverses (texte, mouvement, jeu chanté, projections, etc.), ce spectacle rassemble trois jeunes comédiens (Céline Bonaventure, Antoine Plaisant et Dominique Rongvaux), une exploratrice de textes (Claudia Gäbler), un explorateur de sons (Marc Doutrepont), un explorateur des voix (Jean-Jacques Lemêtre, l’homme-orchestre du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine) et un metteur en scène (Herbert Rolland). Tous prennent part à ce plaisir théâtral, animés par la même quête : extraire l’essence de ce texte afin de partager avec le public sa singularité et son acuité.
Une question essentielle est posée : avec quels outils peut-on aborder une période de modification profonde de la société, telle que nous la vivons à l’heure présente ?
Ecrite en prose et constituée en grande partie d’une série de dialogues entre deux personnages dont les points de vue sont diamétralement opposés, la pièce permet de s’interroger sur un contexte historique précis : qu’il s’agisse de Dom Juan et Sganarelle ou Pierrot et Charlotte ou Elvire et Dom Juan, tous sont en proie à un conflit interne profond, laissant augurer ce changement radical de la société.
La mise en scène de ce spectacle répond aux mouvements contradictoires de ces dialogues en proposant des ruptures dans le texte et dans les temps. Des conversations entre comédiens ou entre metteur en scène et comédiens ponctuent le récit. Quelques éléments de décor et de costumes jonchent le sol. L’étonnement désarçonne, les questions jaillissent : ici, nulle tentative d’incarnation, nulle psychologie, nulle réponse.
Dialogues du Dom Juan : une plongée en eaux brutes, un voyage dans le temps afin que le théâtre, qui se doit d’être plaisir et divertissement, puisse aussi être utile à la vie.
Avec le Service Provincial des Arts de la Scène.