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ARTour 2017
Domaine du Château de Seneffe

Parcours d’eau


Le Château de Seneffe est entouré d'un très beau parc comprenant plusieurs plans d'eau.
Cette opportunité nous a conduits à proposer l'actuelle exposition intitulée Parcours d’eau.
Un choix d'artistes aux pratiques différentes pour des propositions en lien avec les multiples espaces du parc feront naître de nouvelles lectures, chacun à sa manière.
C'est ainsi qu'au Jardin des trois terrasses, comprenant deux bassins, s'est tout naturellement installée Isabelle Copet.

Inspirée par les motifs ornementaux présents dans le Château - feuilles d'acanthe des stucs du plafond qui évoquent un mouvement circulaire - Isabelle Copet les a resitués dehors à l'échelle des bassins mais, cette fois, en vue plongeante.

Leo Copers, connu pour ses œuvres déroutantes mariant souvent l'eau et le feu, vient cette fois avec une pièce sculpturale renversée. Patrimoniale !

Une copie du Penseur de Rodin... la tête dans le sable ! Le voilà tombé du socle de la deuxième à la troisième terrasse. Cette fois, Le Penseur se gorge d'eau à mesure des intempéries et des contretemps de la vie.

Dans le très bel espace du Théâtre, Florian Kiniques intervient de telle manière que l'ensemble devient Œil.

Pour Jeter un Œil ... le bassin devient pupille à l'humeur aqueuse noire, la terrasse circulaire devient iris et les oculi inoccupés à l'arrière reçoivent un poème visuel en lien avec l'ombre de midi sur l'arcade sourcilière.
Une longue-vue aidera les distraits.

Outre le pont ! de Jacques Patris à l’Île romantique.
Devenu fontaine, voilà que le pont se pose comme un arc-en-ciel entre la rive et l'île.
Un regard sur les marches fera douter le visiteur du sens de l'écoulement.

Un peu plus loin, Philippe Luyten a choisi le site de "La Goutte", déversoir naturel d'un ruisseau réactivé depuis le point le plus haut du Domaine.
Outre son aspect visuel intriguant, le bouchon surdimensionné -posé sur un des bords escarpés du lieu- suscite aussi quelques réflexions sur le cycle de l'eau et la nécessité du contrôle de notre consommation. C'est la raison pour laquelle l'artiste lui donne le titre de Thinking Sink.
Benoît Félix occupe le Grand bassin à l'arrière du Château avec une pièce surprenante. Longtemps titillé par l'envie de contrer le désir d'apparat des premiers propriétaires, il a réalisé une intervention efficace au titre sans ambiguïté : Moucher la fontaine .
Certains artistes disent les choses en contrepoint.
Kris Fierens a réalisé une canne à pêche aux dimensions totalement folles. Elle fait presque 20 m . Plantée à la verticale, extrêmement fine au sommet, elle se perd dans l'éblouissement du regard.
Quelques oiseaux sculptés scrutent le ciel, ici et là, dans le jardin de la Volière.
Marco Dessardo, connu pour ses barques - sculptures avec lesquelles il a navigué en Mer du Nord, en Mer Baltique, au Canada et sur divers canaux a poursuivi sa navigation dans chaque plan d'eau du Domaine.
Ses barques - aux titres romantiques d'Onda, de Fuga et de Lento - appuyées aux colonnes de la Cour d’honneur sont accompagnées de vidéos illustrant ses voyages au Domaine de Seneffe.

Baudouin Oosterlynck,
commissaire désigné
avril 2017


La curiosité au 18° siècle

Le curieux, l’amateur, le marchand et le conservateur :
Ou l’art d’être collectionneur au 18° siècle…

Traditionnellement associé au cabinet de curiosités, le curieux est encore considéré au 18° siècle comme un personnage qui suscite diplomatie, fortune, instruction, sociabilité, visites et correspondances. Il apparaît en réalité comme un personnage central dans l’affirmation du bon goût et de la connaissance. Une connaissance qui, sans conteste, se développe encore dans la sphère privée tout en privilégiant un savoir universel.


En tant que zone d’observation et de réflexion, le cabinet de curiosités est consacré aux passions du curieux. En tant qu’espace aménagé, c’est un lieu destiné au rangement et au classement d’objets personnels. Les pièces sont choisies principalement pour leur caractère étrange, exotique, scientifique ou merveilleux.
Généralement, le curieux les met en scène. Il les dispose sur des étagères, dans des bacs ou des tiroirs, sur les tablettes de petits meubles ou à l’intérieur d’un secrétaire.
Parfois, les contraintes d’espace l’incitent à mettre les plus grosses pièces à même le sol ou en hauteur. L’idée étant de tout posséder pour tout savoir.

De manière générale, le curieux organise son cabinet autour de deux centres d’intérêts : les naturalia et les artificialia. De quoi s’agit-il ? Les naturalia englobent tout ce qui a été créé par Dieu, c’est-à-dire tout ce qui renvoie aux règnes animal, végétal et minéral, à savoir : les pierres précieuses, les coquillages, les animaux en bocaux, les fleurs rares, les cornes d’origine diverses, les coraux. Les artificialia font référence directement aux réalisations des hommes par l’intermédiaire d’objets en argent, de maquettes architecturales, d’instruments scientifiques, de remèdes médicaux, d’objets archéologiques, de pièces de monnaie, de médailles…

Mis en perspective, le cabinet de curiosités peut alors être associé à la sphère d’influence du curieux. Induisant des liens directs avec sa fortune, ses relations, les lieux qu’il fréquente ainsi que les voyages auxquels il participe.

La manière d’observer et d’analyser les objets présents dans les cabinets de curiosités est, au cours du siècle des Lumières, en complète transformation.
Associé à l’Encyclopédie, aux imprimés et aux instruments scientifiques, l’univers du curieux se transforme ainsi que ses champs d’action. Les découvertes et expériences scientifiques sont à la mode dans les salons mais ne se « collectionnent » pas. Elles rendent donc un peu vaine l’idée de tout posséder et surtout de tout connaître en un seul lieu. Le curieux va donc se spécialiser et participer, à sa manière, à la division des savoirs notamment grâce à la distinction entre les sciences et les arts. L’amateur –qu’il devient-est alors une figure centrale dans l’élaboration des savoirs artistiques . Il portera un siècle plus tard le nom de collectionneur.

Soucieux d’augmenter ses collections, l’amateur est attentif aux changements de son époque. C’est dans ce contexte que le 18e siècle voit la culture devenir objet de négoce. Un marché de l’art se développe et se structure : la circulation des antiquités, l’apparition de boutiques proposant des bibelots exotiques et autres chinoiseries mais également la création d’enseignes dédiées aux objets décoratifs –qui vont des tableaux aux coquillages en passant par les meubles et les sculptures- façonnent cette mouvance.

L’immixtion des financiers et des négociants dans ce domaine change la donne. A l’image d’un marchand mercier –corporation parisienne qui s’est spécialisée dans la vente d’objets de luxe- comme Edmé-François Gersaint (1694-1750) qui possède l’une des enseignes les plus célèbres du « Tout-Paris » située au pont Notre-Dame. Sa réputation se bâtit grâce à des pratiques commerciales innovantes en important en France le concept de ventes aux enchères.

L’utilisation, à bon escient de la presse à des fins publicitaires, permet à ses ventes publiques de se multiplier. Surtout, il conçoit un catalogue de vente raisonné : à vocation commerciale, cet outil fixe la bibliographie, classifie les objets destinés à la vente et détaille les spécificités techniques et scientifiques des œuvres d’art. Toutes ces innovations contribuent au développement d’une curiosité dédiée au marché de l’art qui se développe parallèlement aux musées.

D’importants ouvrages tels que l’Encyclopédie ouvrent la voie à une nouvelle forme de culture : la connaissance de la sculpture antique, l’étude des peintres du passé, la fréquentation des salons artistiques ainsi que le développement de l’esprit critique-défendu par les philosophes et les critiques d’art - vont conduire princes et amateurs à présenter leur collection de manière quasi permanente.

Toutefois, la volonté de réunir dans un seul espace l’ensemble des objets relatifs aux Beaux-Arts semble illusoire pour des particuliers. Le musée voit le jour et prend le relais : c’est avant tout un lieu public qui présente une collection, permet l’apprentissage et développe la sociabilité si importante aux yeux d’une Europe en totale transformation.
Marjolaine Hanssens, directrice-conservatrice (MH)
Florian Medici, attaché scientifique (FM)

Textes extraits du catalogue. La curiosité au XVIIIe siècle, Domaine de Seneffe éd, 2017.


Domaine du château de Seneffe 


rue Lucien Plasman 7-9 - Seneffe 

+ 32 64 55 69 13 / www.chateaudeseneffe.be 

mar > dim / 10:00 > 18:00 / jusqu'au 13.05.17 

5 / 4 € / <12 ans : gratuit / pas accessible avec le PASS