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ARTour 2017
Maison du Tourisme

Déluges intimes, économie de signes

Thierry Tillier

 

De la visibilité du monde et de son inventaire…

L'Europe méditerranéenne à l'échelle 1/18.000.000 – Des visages maquillés décontenancés – Une légende en couleur des sols du Luxembourg – Un croisé avec son épée, son fourreau, sa cape, sa cotte de maille et son bouclier – Une vamp en uniforme – Une plante, ses feuilles, sa fleur et son fruit – Des cyclistes – Le visage d'une aborigène – Des métiers à tisser – La taille d'une femme vissée dans un corset de cuir…

Simulation et indifférence

Les figures, extraites de leur contexte d'origine, de leur espace et de leur temps par Thierry Tillier, semblent se côtoyer indifféremment sur ses étendues de papier blanc. Le visage apathique d'une aborigène peut avoisiner le corps provocant d'un mannequin élancé, et les photos d'enfance, se présenter sur de vieilles cartes politiques lithographiées… Pour l'artiste, il s'agit de n'avoir aucun a priori sur les images manipulées. Dans ce cas, on peut se demander ce qui distingue cette activité de ce que Baudrillard dénonce : un système qui réduit tout terme, toute figure, à l'indifférence et à la neutralisation en le rendant "parfaitement commutable" avec son voisin.1 Tout peut figurer dans les collages de Thierry Tillier, mais on n'y retrouve pas tout. A partir du moment où un "choix draconien"2 s'opère au niveau de la sélection des images, on s'éloigne forcément d'un système noyant les images dans la neutralité et l'indifférence. Cependant, il est vrai qu'aucune règle ne pourrait résumer ces critères de sélection...
Saisie « »

"Ce que l'œil voit et convoite…", retranscrit Thierry Tillier, "…que ta main s'en saisisse", précise-t-il, retouchant sensiblement l'énoncé du mystique rhénan Jean de Brünn. Prescription individuelle à la vie et à son accomplissement par les sens ou douce ironie à l'adresse d'un spectateur extatique, figé dans la contemplation de cette esthétique outrancière ? Thierry Tillier sème en tout cas le doute face à ces images de corps "se décrivant eux-mêmes" et paraissant univoques. Il déterritorialise ces figures féminines, les expatrie, crée une rupture, un déchirement. Ces dernières générations de top-modèles aux attitudes maîtrisées et aux tirages illimités, retrouvent la singularité d'une découpe accidentelle, d'un défaut d'impression ou simplement la possibilité d'être altérées. On peut, à ce niveau, penser aux débuts du pop art (le pop anglais notamment), où certains artistes vont également développer une réelle "conscience du matériau choisi" et un "instinct de collecte"3 des images diffusées dans leur quotidien. C'est bien avec le pop art que l'on prend conscience de l'intérêt à intégrer l'imagerie érotique issue des mass media au sein de l'activité créative. Et c'est dans ce cadre que va se développer une recherche esthétique tout à fait spécifique participant d'une "déification dépassionnée de l'objet commun".

Les collages de Tillier se formulent dans un aller-retour permanent entre la prolifération des signes et leur occultation partielle ou leur disparition. Ces effigies appliquées ou arrachées, renvoient naturellement aux affiches de Villegle et de Rotella, mais également aux collages de Schwitters. Pour Thierry Tillier, un collage n'est jamais achevé, certaines images peuvent toujours être ajoutées ou arrachées, et celui-ci peut même être complètement détruit au final. Tout est disponible, seule subsiste la possibilité de retravailler de manière incessante ces matériaux naturellement altérables.

Post Scriptum

C’est souvent à travers l’ornement que cet univers éclaté retrouve son unité, mais c’est aussi dans ce miroitement sans fin, cet abîme, que se dissolvent les figures individuelles (on pense à l’œuvre de Klimt par exemple). Chez Thierry Tillier, tout comme dans beaucoup de récits symbolistes, les silhouettes individuelles peuvent se perdre dans l’espace. Le regard des figures féminines sont extraites, laissant tantôt apparaître la blancheur du papier sur lequel elles ont été apposées, et tantôt les images qui les ont précédées. Une carte évoquant les épisodes des conquêtes de Philippe Lebon peut orner des seins arborés lors d’un défilé de haute couture qui peuvent eux-mêmes compléter l’effigie d’une vierge du moyen-âge. C’est comme une histoire qui s’impose, où tout est susceptible de prendre le relais sur tout. Les images en viennent même à faire corps entre elles: les muscles tendus d’une femme apparaissent de même nature que les reliefs d’une chaîne de montagne et les sangles de cuir rejoignent les artères d’une carte routière. Ces reproductions ne sont pas juxtaposées, elles se succèdent et se superposent sur le papier, se dessinant alors suivant une nouvelle chronologie… qui semble sans fin.

Annabelle Dupret


Assertions

Alain Bornain

Textes dactylographiés sur papier à en-tête de Palaces, 2007 - …

Ces assertions, vérités prétendues, dactylographiées en rouge, couleur de la Vie, nous renvoient à des phénomènes liés à notre condition, à notre environnement et à notre fragilité.
Leur réalisation est le résultat de la rencontre de deux collections :
D’une part, des textes collectés au gré de lectures diverses. Statistiques, informations et autres données géopolitiques, démographiques ou économiques liées au corps humain, à l’univers, à l’Homme.
D’autre part, une collection de papiers à en-tête des plus grands Palaces de part le monde, ces lieux qui évoquent le passage, le transit mais aussi et surtout le pouvoir et le luxe.
Quand deux collections se rencontrent…
Quand deux vanités se rencontrent.





Maison du tourisme du Parc des canaux et châteaux 

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