Accueil» ARTour » ARTour 2015 » Gare de La Louvière centre
ARTour 2015
Gare de La Louvière centre

Au buffet

Collectif V.O.I.D. / Arnaud Eeckhout / Mauro Vitturini

Le site de la gare de La Louvière-centre reste, depuis la création de la ville, le témoin de vies destinées au labeur. Inutile de rappeler l’activité industrielle qui s’est développée au bord d’un des embranchements du canal, aujourd’hui recouvert par le boulevard des Droits de l’Homme qui longe la gare. On peut aisément imaginer le fourmillement des foules, prêtes au travail, qui traversaient les voies, de bon matin, pour se rendre dans les diverses entreprises implantées sur le site. De décennie en décennie, les ateliers ont fleuri, leurs personnels se sont renforcés et la ville s’est dotée, dans les années 60, d’une gare à l’architecture moderniste, à l’image des besoins en mobilité des nombreux ouvriers.

Aujourd’hui, le territoire se métamorphose et les usagers ne voient plus les choses de la même manière. Où sont les files aux guichets, les navetteurs sur les quais, les fêtards au Buffet ? Ce n’est pas faute de nostalgie. Sur le site, chacun avec ses souvenirs, tente de se remémorer ces moments que la crise a balayés et regrette ce temps où l’on pouvait s’arrêter au Buffet.
La gare de La Louvière-centre, infrastructure témoin d’un engagement prolétaire, semble désertée, vidée mais conserve en ses murs une histoire à raconter, à transmettre, à valoriser. L’espace de l’ancien Buffet, lieu de rencontres, de transmission et de pause, se fait lieu d’expression autour de ces récits grâce à l’intervention ponctuelle de plasticiens.
Pour la troisième édition, les membres du collectif Void, convives au Buffet, ont voulu créer à partir de ce sentiment d’obsolescence.
La structure de l’ancienne buvette délimite aujourd’hui un espace creux en perte de vocation. Un lieu qui se perçoit parce qu’il a existé. Ses larges surfaces vitrées, caractéristiques de l’architecture d’une époque, rendent l’espace surexposé au regard mais impénétrable, comme offert à la vue mais impossible à expérimenter. Afin de rendre sa matérialité à l’espace et en rappeler l’existence, les artistes ont modélisé son plan pour le transposer en mobilier urbain contaminant le parcours des usagers. Ainsi le Buffet sort de ses lignes et l’objet banc, qui s’en inspire, évoque l’utilité d’un lieu où il était agréable de se poser pour se relâcher. Ces sièges de fortune réfléchissent leur environnement grâce aux surfaces miroirs fixées aux emplacements des baies initiales.
Selon les déplacements du spectateur, c’est un jeu constant entre intérieur/extérieur, vide/plein, architecture/décor, présence/absence qui s’opère et qui nous laisse penser à quel point le récit d’un territoire demande réflexion.
Ces déformations formelles de l’outil Buffet cherchent à en perpétuer la fonction de départ et à symboliser l’idée que l’histoire de son environnement, du passé au présent, pourrait être contenue dans les murs de cette gare et dans la mémoire de ses usagers.
Adèle Santocono

VOID est un collectif né en 2013 et composé de Arnaud Eeckhout (Charleroi, 1987) et Mauro Vitturini (Rome, 1985).


La grande murale de D'Hossche

A la fin des années 1950, la SNCB souhaite construire une nouvelle gare importante au centre-ville. Elle choisit alors de s’implanter en face de la faïencerie. L’édifice, inauguré en 1964, a été réalisé d’après les plans de l’architecte Dubus (régie de la SNCB). Outre le fait qu’il s’agit d’une des quelques gares belges d’architecture typique de l’esprit "Expo 58", son originalité repose sur la présence d’une grande murale, en grès émaillé polychrome, intégrée dès la construction et commandée à la faïencerie Boch Frères.
Création d’Ernest D’Hossche, premier conseiller artistique de la faïencerie, cette murale a pour thème les richesses du Hainaut. L’industrie minière, sidérurgique, verrière, brassicole, pétrochimique, l’agriculture, le canal du Centre... ainsi que les arts et les lettres, y sont à l’honneur. L’artiste s’est lui-même représenté dans la composition par cette sirène virevoltante au-dessus de l’image du potier. Les œuvres uniques de la fin des années 1950 sont marquées d’un monogramme très stylisé qui évoque cette figure.
La technique utilisée ici est assez singulière puisqu’il s’agit d’éléments, en grès émaillé, cimentés dans la structure du mur. Elle est exceptionnelle pas sa taille, ce style unique et les techniques mises en œuvre. Heureusement, elle va bientôt faire l’objet d’une mesure de protection de la part des services publics.

Ernest D’Hossche (1912-1978) était un artiste renommé. En 1952, il avait obtenu le Prix du Hainaut des arts plastiques. D’Hossche menait une triple carrière. Pour la faïencerie, il dessinait de la vaisselle de table en véritable designer et créait des objets sculpturaux en petites séries. Indépendamment, il menait une carrière de céramiste-sculpteur, exposant régulièrement dans d’importantes galeries bruxelloises. Cette création in situ, indissociable de l’édifice qui l’abrite, mérite indiscutablement d’être préservée dans son contexte architectural.


informations pratiques

L'installation de VOID est située aux abords de la gare, et est donc visible à toute heure du jour et de la nuit.
La murale de D'Hossche n'est malheureusement visible qu'aux heures d'ouverture de la salle des pas perdus de la gare, en matinée, les chemins de fer ayant décidé de fermer cette salle l'après-midi et le soir, au grand dam des usagers !
ACCÈS GRATUIT !

Gare de La Louvière centre
place de l'Esplanade / 7100 La Louvière

Un production du secteur des arts plastiques de Hainaut Culture Tourisme !