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ARTour 2015
Château Gilson

La reconnaissance des formes / Flipch Art

Julien Prévieux / Benoit Piret


la reconnaissance des formes

Julien Prévieux

Depuis la vidéo Roulades (1998) jusqu’aux projets plus récents liés à l’élaboration d’une vaste "archive des gestes à venir", le travail de Julien Prévieux trouve sa matière première dans ce qu’on pourrait appeler les formes comportementales réglées du quotidien. Ses interventions dans le champ des pratiques sociales – du monde de l’entreprise à l’espace urbain en passant par les technologies de l’information, les sciences cognitives ou les industries culturelles – portent sur des attitudes et des gestes normalisés (ceux que prescrivent les interfaces utilisateurs, par exemple, et qui peuvent faire l’objet d’un brevet), sur des opérations obéissant à des codes, des règlements ou des protocoles, mais aussi sur des instruments d’analyse des phénomènes humains (les statistiques) ou encore sur des modes d’organisation du savoir (la bibliothèque). Traversant une multiplicité de médias et de pratiques (dessin, peinture, vidéo, performance, écriture…), l’artiste emprunte volontiers les voies du contre-emploi en entendant par ce terme une mise en œuvre combinée du contournement (de la règle) et du mésusage (des instruments).

Les Lettres de non-motivation envoyées en réponse à des offres d’emploi, et qui ont fourni la matière d’un livre et de plusieurs expositions, illustrent bien le caractère à la fois facétieux et systématique de cette démarche qui s’apparente à première vue à une version ludique de la critique sociale. Mais la catégorie du jeu est encore trop large pour cerner une forme d’activisme qui ne se réduit pas à d’ironiques pieds-de-nez aux idéologies dominantes.
S’infiltrer dans un dispositif, le retourner contre lui-même et affoler sa logique : rien de tel pour vider un discours de sa substance ou révéler l’envers déshumanisé des appareils de contrôle social. S’il est question de se fabriquer des armes, encore faut-il s’approprier tout cela, l’emporter ailleurs avec soi.Ainsi l’application aveugle d’un procédé algorithmique de décryptage à des classiques de l’économie politique, de même que l’utilisation d’un logiciel d’aide à la décision pour des synopsis de films catastrophe hollywoodiens, finissent par brouiller le message (À la recherche du miracle économique, 2006-2007, La somme de toutes les peurs, 2007), mais l’essentiel se joue ailleurs.

L’artiste atteint son but lorsque le dérèglement du régime sémiotique ordinaire finit par engendrer des formes et des textures nouvelles, susceptibles de suggérer des usages inouïs. Diagrammatisé sur l’espace de la page, réduit à un vaste rébus, le texte fait image, le discours devient tableau : on peut littéralement accrocher Marx au mur, et le faire résonner avec la reproduction en grand format, à la peinture acrylique, de couvertures de manuels d’économie des années 1960. De même, lorsque Julien Prévieux organise en 2011 un atelier de dessin avec des policiers de la BAC formés à une technique d’analyse utilisant les "diagrammes de Voronoï", il ne s’agit pas seulement de détourner un procédé ou de susciter chez les agents de l’ordre des vocations incongrues, mais de déployer véritablement et de rendre sensible un nouvel espace où se raccordent et communiquent des pratiques et des imaginaires sociaux qu’on pouvait croire déconnectés.
En généralisant cet exemple, on comprend que travailler en artiste sur des formes comportementales signifie avant tout révéler le comportement - aussi normé soit-il - comme une production continuée de formes et de formats. En intensifiant les lignes d’invention qui traversent sourdement le champ social, Julien Prévieux donne une visibilité à des formes en latence qui sont aussi des modes d’existence possibles. C’est le nerf du projet développé dans le sillage de What shall we do next ? (2006-2011) avec des acteurs et des danseurs professionnels : les gestes du futur sont déjà virtuellement disponibles, même si leurs usages et les contextes de leur mise en oeuvre restent à inventer. L’artiste est un logiciel vivant de reconnaissance des formes.
Elie During

Flipch Art, entre idéal néo-punk et recyclage post-moderne

Benoit Piret

Flipch Art, entre idéal néo-punk et recyclage post-moderne Recyclage. Le terme est à la mode. Marqué par l’évidence écologique et le bon sens économique, il règlemente nos gestes domestiques. Rien ne semble plus échapper au tri sélectif, tout pousse à la récup.
Symptomatiquement, son sens premier concerne les personnes : il faut actualiser des compétences, découvrir des techniques et de plus larges horizons. Le recyclage, c’est donc reprendre une chose là où elle avait été laissée, mais pas nécessairement pour arriver aux mêmes fins.

Benoit Piret, Flipch Art, acrylique sur papier, 70x100 cm.

Quoique techniquement assujetti aux deux sens du mot, le recyclage de Benoît Piret est d’un autre type. Il est une série de gestes récupérateurs qui s’entremêlent sur plusieurs niveaux de sens. Un geste politique ou esthétique ? L’artiste ne l’avouera pas. Liberté au spectateur d’y retrouver ses convictions. On y voit donc, c’est selon, une critique néopunk du consumérisme ; des paysages montagnards oniriques ; une apologie de la nudité ; une célébration des valeurs familiales façon street art… Bref un joyeux entrelacs de dégoulinures et d’aplats, de flèches, de diagrammes et de business plans. Oui, de business plans.
Quelques éclaircissements s’imposent. Le geste initial de Benoît Piret est la récupération. Au départ, cela n’a pas dû être prémédité. La chose était là, il l’a emportée. Ensuite, un principe a surgi : cette première feuille de papier usagé format 70 sur 100 s’est muée en série. Le format est important pour comprendre le processus. L’objet rigoureux de son glanage provient de Flipch Art, ces chevalets à feuilles mobiles inhérents à toute salle de réunion. Un formateur y aura exposé en quadrichromie le contenu de son recyclage. La formation terminée, Piret sauve les feuilles et leurs annotations sibyllines qui serviront de trames à sa réappropriation.

Benoit Piret, Flipch Art, acrylique sur papier, 70x100 cm.

Ensuite, tout se ralentit. Les pages s’amoncellent dans son atelier. Il lui faut les parcourir une à une. C’est le second geste. Peut-être s’amuse-t-il à les déchiffrer. Peut-être y déceler un espace où son intervention provoquerait une image dans cette pensée du commerce planétaire et du bénéfice garanti. Surtout ne pas se demander comment, ni chercher un départ : son geste artistique relève d’une capacité à réfléchir le réel qui l’entoure comme un miroir, à s’en faire l’écho.
La création chez Benoît Piret semble, en effet, être moins un problème de créativité qu’un questionnement sur le mimétisme. L’artiste sort de ses bibliothèques d’images des énoncés plastiques constamment reconfigurés. Si certains s’exhibent (iconographie américaine), la plupart sont réinvestis en une forme nouvelle. Troisième geste recycleur.
Pour faire émerger cette forme, Piret feint la technique du pochoir : dernier recyclage. Là où l’art pariétal et le street art superposaient la preuve de leur existence sur leur support, la technique de reproduction de Piret, modifiée dans sa nature procédurale, recycle la notion de l’empreinte en un mouvement de faux traitement négatif dont on ne parviendra plus à définir avant-plan et arrière-plan. Le feuillet Flipch Art absorbe la couleur, gondole, crache. Il devient Flipch Art. Au spectateur alors de recycler sa vision et d’aller au-delà de la première impression, tant les œuvres de Benoît Piret ont cette aptitude à associer deux réalités, à les ouvrir vers de nouvelles manifestations, tout en maintenant intactes leurs incertitudes ; tant elles montrent leurs dissonances et leurs homogénéités, sans que le produit de leur unification soit tout à fait univoque.
Anaël Desablin

Château Gilson, La Louvière

Construit en 1912, le château Gilson est une belle construction classique, simple et régulière, sans surcharge décorative. L’édifice porte le nom d’Augustin Gilson (1848-1921), qui a été bourgmestre de La Louvière de 1891 à 1895.
En 1957, la Ville de La Louvière transforme la propriété en musée communal, qui accueillera une importante collection de peintures et de sculptures. Ensuite, le rez-de-chaussée du bâtiment abritera successivement la Médiathèque, la Maison du Tourisme, les bureaux du PACO et finalement, les Ateliers la tête en l’air (centre d’expression et de créativité du Centre culturel régional du Centre) et un espace voué à l’art contemporain.

infos pratiques

Château Gilson
rue de Bouvy 11 / 7100 La Louvière
Entrée libre !
Ouvert du vendredi au dimanche de 14h00 à 18h00.