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ARTour 2015
Écomusée du Bois-du-Luc

Homo Faber, poétiques et Mécaniques du travail

Au cœur du site minier du Bois-du-Luc, Patrimoine mondial de l’UNESCO, l’exposition Homo Faber, poétiques et Mécaniques du travail, rassemble des œuvres des XXe et XXIe siècles autour de trois grands thèmes et s’interroge sur la force d’inspiration que la mine et par extension l’industrie ou plus près de nous, le travail au sens large exercent ou ont exercé sur de nombreux artistes.
La représentation des ouvriers et de l’environnement où ils évoluent côtoient la figuration des dérives aliénantes du travail et en réaction, les mouvements de révoltes qui germent quand la pression se fait trop intolérable.

Le point de départ de l’exposition se situe au début du XXe siècle, avec la mise en scène d’un ensemble d’estampes à découvrir au cœur du bureau du directeur du charbonnage du Bois-du-Luc. Dans le prolongement du réalisme social cher à Constantin Meunier, une sélection de gravures et de lithographies
illustre les courants expressionniste et moderniste.
Les travaux de Pierre Paulus, Frans Masereel, Alex Lallemand, Frans Dille ou bien encore Albert Daenens, représentent tour à tour les paysages, luttes sociales et conditions de vie de leurs contemporains attachés à la mine, grande consommatrice de main-d’œuvre.

Photographie : Alain Breyer.

Déroulant une ligne du temps qui court jusqu’à la période contemporaine, l’exposition met à l’honneur des artistes actuels sur ces mêmes thématiques. Parmi ces plasticiens, citons Isaac Cordal, et ses petits hommes disséminés comme des légions de travailleurs, tantôt enchaînés à d’interminables lignes de production qui épuisent et abrutissent, tantôt enfermés dans des tours de béton, comme dans des clapiers froids et aseptisés, déshumanisés.

Laurent Berbach lui aussi nous parle de l’aliénation au travail en dressant à notre attention sa représentation mécanique et animée de la terrible mine de charbon, épuisante, écrasante ou bien encore en déposant à nos pieds le spectre anonyme des travailleurs - un gisant monumental - comme seul symbole de ce qui reste quand les machines s’arrêtent de produire.

Photographie : Alain Breyer.

D’autres œuvres, à découvrir au cœur des anciennes écuries du site minier, reconverties pour l’occasion en salles d’exposition, illustrent davantage les mouvements saccadés exprimés par tant d’hommes qui ont souhaité en réponse à cette usure, ces conditions oppressantes, répondre et affirmer leur farouche opposition.
Il s’agit par exemple de la reconstitution que Jeremy Deller a consacrée à la terrible « Bataille d’Orgreave » dont il fut le jeune témoin impuissant derrière son poste de télévision. Grève iconique menée en 1984 par des mineurs affrontant les forces de l’ordre et si terrible qu’elle rappelait selon lui davantage une scène de guerre qu’un mouvement social lié au travail.

Parfois, le combat ou sa mémoire deviennent métaphoriques, c’est notamment le cas du film réalisé par Claude Goffin, Mémoire d’un peuple oublié, qui, psalmodiant la description d’un paysage de désolation, nous montre par là même l’unique témoin de la lutte acharnée - brusquement écrasée - d’un peuple issu des entrailles de la terre qui voulait adorer le soleil.

Interjections, claquements de langues, vibratos et murmures rythment Sounds from Beneath, l’œuvre vidéo poétique consacrée par Mikhail Karikis et Uriel Orlow, au devoir obstiné de ne jamais oublier, tous ces travailleurs qui après le dernier souffle des usines, se sont tus, eux aussi.

Une sélection de portraits de mineurs serbes sont aussi présentés, fixés par le photographe et philosophe Igor Grubic qui a souhaité mettre à l’honneur ces travailleurs partis en grève en 2000 contre le régime de Milosevic. Leur secteur d’activité était stratégiquement influent puisque la lignite représentait alors 50 % de l’énergie du pays. C’est ainsi que leur mouvement, renforcé par la venue d’autres contestataires, sera à la base de la chute du régime. Ces gueules noires auraient pour Grubic à tel point l’âme immaculée que des ailes se sont mises à pousser sur leurs dos courbaturés.

Photographie : Alain Breyer.

L’artiste Calisto Peretti a lui aussi côtoyé ces combattants du fond, les mineurs au travail, le temps de pouvoir les représenter et comprendre leur quotidienneté, la même que celle du père mineur qu’il n’a jamais connu. Il a dressé suite à son immersion au charbonnage de Tertres, en 1956, dans un environnement bruyant, dangereux et accablant, des portraits, croquis et représentations de cette « nuit au jour le jour » si chère à Constant Malva, dont certains sont reproduits et présentés à Bois-du-Luc.

Photographie : Alain Breyer.

Enfin, pour témoigner de ces artistes qui ont troqué leurs outils pour un crayon, l’exposition des travaux d’ouvriers-artistes. Ils sont l’expression de ceux qui ont vu naître au cœur de leur vie laborieuse, un riche monde intérieur et étaient avides de le coucher sur papier, tel Félicien Delvigne, le mineur borain, qui inlassablement crayonne et retranscrit, ligne après ligne, page après page, dans d’étonnants carnets colorés, son quotidien et ses opinions.
Associons-lui la figure de Manuel Duran, mineur lui aussi et véritable expérimentateur qui, dans ses sculptures figurant ses compagnons du fond, a fait usage de matériaux insolites issus de notre sol : le charbon ou la pomme de terre.

Toutes ces figurations, fixes ou animées, silencieuses ou sonores, toutes ces mécaniques arrêtées,
voudraient avec poésie nous inviter à nous pencher sur le passé, pourtant pas si lointain, d’une terre fertile et industrieuse où le bruit des machines s’est arrêté. Cette terre, hésitant et tressaillant, rend parfois les habitants qu’elle héberge amnésiques. Il est temps de se souvenir.
Daisy Vansteene

Isaac Cordal / The New Slavery

Le monde miniature de l’artiste galicien Isaac Cordal est peuplé de personnages de ciment cernés par les problèmes environnementaux et sociaux, perdus dans une jungle de béton. Hauts d’une quinzaine de centimètres, ces hommes quinquas et un peu chauves, vêtus d’un costume gris et d’une cravate, portent un regard sombre et réaliste sur notre société.

Photographie : Alain Breyer.

Les réalisations d’Isaac Cordal sont une définition critique de notre comportement en tant que masse sociale. Les scènes représentées zooment sur les tâches routinières de notre quotidien d’homme contemporain et proposent une réflexion sur le progrès et ses effets secondaires dans notre société. Poétiques, voire parfois humoristique, ses œuvres ne constituent cependant pas une plaisanterie. L’humour est pour lui une façon d’habiller le drame. L’artiste définit son art comme un combat, un dialogue entre un lieu et ses habitants, entre la société et ses leaders.

The Family est une installation de 24 clapiers à lapins en béton convertis en bureaux où le temps semble s’être arrêté. Sous les néons, travaillent les nouveaux esclaves du 20e siècle. Maison et travail se mêlent, l’entreprise est une famille, le foyer une extension du bureau. L’aliénation par le travail prend de nouvelles
formes.

Résidence secondaire est une prison dont les murs sont formés d’attachés-cases de béton. Point de départ d’une enceinte dotée d’escaliers, de tours de garde et de fils barbelés symbolisant la corruption du monde politique et des affaires.

Photographie : Alain Breyer.

École
fait référence aux usines à grande échelle ou maquiladoras. On découvre en effet une usine, mais de plus près, l’espace de travail semble être une immense salle de lecture. S’agit-il d’une usine, d’une bibliothèque, d’une école ? L’industrialisation de la pensée est à l’œuvre : nos écoles et universités sont-elles
aujourd’hui des entreprises et leurs étudiants des clients, voire des produits à écouler sur le marché ?

Camille Vanbersy

Laurent Berbach

Les sculptures du Belge Laurent Berbach sont composées, conçues et peintes sur le mode industriel. Par l’assemblage d’éléments manufacturés, l’utilisation de l’acier et une couleur forte, l’artiste souhaite mettre en avant une volonté de puissance, rappeler l’accélération de notre société de consommation mais aussi l’importance des traces que l’être humain peut laisser de son passage.

Deux aspects mobilisent l’artiste dans le cadre de cette exposition. D’une part la capacité de l’humain à améliorer son quotidien grâce à sa créativité et, d’autre part, l’évolution de la violence de la machine et du travail qui contrairement à celle dépeinte dans Les temps modernes par Charlie Chaplin se fait aujourd’hui davantage psychologique que physique. La machine aliénante entraîne l’ouvrier dans des engrenages aseptisés qui finissent par le dépasser.

La première œuvre, intitulée Le travail à la mine, s’inspire du châssis à molettes. Au sein duquel prend place un cylindre rempli de charbon brut dont les dents sont des hommes allongés, broyés autant que le charbon par la machine qui cadence le rythme de production et s’impose dans le paysage de la région. Œuvre
annihilante qui avale les individus, représentant à la fois le travail répétitif et physique du métier de mineur, mais aussi ses risques et salissures qui s’infiltrent jusqu’au plus profond de leurs organismes. Œuvre sombre que je souhaitais d’une couleur claire, presqu’immaculée, non propice à évoluer dans un environnement sale. Elle pourrait évoquer davantage une machine de tirage du Lotto…

www.elbe-sculpture.com

Photographie : Alain Breyer.

conception de l'exposition

Karima Haoudy, historienne de l'art et chercheuse en histoire industrielle.
Coordination de l'exposition et de la programmation : Daisy Vansteene, directrice de l'Ecomusée du Bois-du-Luc.

"Homo Faber, Poétiques et Mécaniques du travail" est une co-production créée avec le soutien de la Fondation Mons 2015.

autour de l’exposition…


Van Gogh, 17 rue du Peuple, 7033 Cuesmes

théâtre / création / Jean-Claude Derudder et Daniel Cordova

Jean-Claude Derudder nous parle d’un Van Gogh vivant qui a bouleversé sa vie. En dehors des lieux communs, l’acteur porte un autre regard sur l’artiste.
30 juillet 1890, enterrement de Vincent Van Gogh, à Auvers-sur-Oise, point de départ d’un voyage à travers les refus de toute une vie, pour mieux terminer par les cris de Vincent, à Cuesmes, prêt à en découdre avec la vie et l’art.

Une production du Manège Mons en coproduction avec le Centre culturel régional du Centre et la Fondation Mons 2015.
du 14 au 18 septembre 2015
infos et réservations : + 32 64 21 51 21, billetterie@ccrc.be

Atelier d’écriture

Le Musée de la Mine Robert Pourbaix et l’Ecomusée du Bois-du-Luc en collaboration avec la Faculté de Traduction et d'Interprétation de l’UMons proposent un atelier d’écriture en lien direct avec l'exposition. Il est ouvert à toute personne (à partir de 16 ans) désireuse de s'exprimer par écrit sur le thème du travail. Susciter l'imagination au moyen des images de l'exposition pour permettre au travers de consignes simples et peu contraignantes de produire récits, témoignages, poèmes…
le 26 septembre 2015
infos et réservations : Musée de la Mine Robert Pourbaix, 064 22 54 48, www.museedelamine.be

Déambulation littéraire

Au travers des récits de Constant Malva, mineur et écrivain malgré tout et malgré lui, déambulons au cœur du site minier du Bois-du-Luc. Rencontrons le thème de l’aliénation au travail qui sillonne son œuvre. Explorons le patrimoine littéraire prolétarien grâce à la lecture des récits retenus par Claude Favry, historien, et Jean Louvet, écrivain.
27 septembre 2015
infos et réservations : Ecomusée du Bois-du-Luc, 064 28 20 00, www.ecomuseeboisduluc.be

Rencontre-Echange : Territoires postindustriels : de générations en régénérations

Lieux d’une trajectoire historique complexe et multidimensionnelle en cours d’écriture et de reconnaissance, les territoires post-industriels apparaissent de plus en plus comme des laboratoires où s’observe un processus de régénération. Quelle est la place accordée à l’expérience industrielle ?
Historien, travailleur, anthropologue, journaliste, auteur, plasticien, arpenteront avec nous ces territoires à travers certains sites en métamorphose, leurs failles mémorielles, leurs perspectives insoupçonnées afin d’amener les clefs d’une réflexion sensible à définir.
Une organisation de l’Ecomusée du Bois-du-Luc et du Secteur des Arts plastiques de Hainaut Culture Tourisme.
4 décembre 2015
infos et réservations : Ecomusée du Bois-du-Luc, 064 28 20 00, www.ecomuseeboisduluc.be

Écomusée du Bois-du-Luc, Houdeng-Aimeries

Inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, le site minier du Bois-du-Luc est un témoignage exceptionnel de l’ère industrielle. Exceptionnel par l’intégrité et l’authenticité de son héritage patrimonial, illustration éloquente de l’impact de l’industrialisation aux niveaux technique, paysager, architectural
et social.
Le site minier appartient à l’histoire d’une société charbonnière qui se distingue par sa longévité. Née en 1685, elle ferme ses portes en 1973.
C’est en 1846 que s’ouvre la Fosse Saint-Emmanuel dans le lieu-dit du Bois-du-Luc. Celle-ci forme le noyau fondateur d’un complexe industriel et social remarquablement conservé.
A la suite des grèves de 1893, les lieux de travail sont protégés par des portes à guillotine qui assurent une fermeture rapide et hermétique en cas de menaces de rébellion.
En face des lieux de travail : un remarquable village ouvrier qui comprend une cité et un ensemble d’équipements sociaux, culturels, festifs et religieux bâtis de 1838 à 1923.
Depuis 1983, le premier écomusée de Belgique occupe le site minier dans le but de sauvegarder et de valoriser le patrimoine industriel dans ses dimensions tangibles et intangibles.
Le site minier du Bois-du-Luc est un point d’ancrage au sein du réseau international ERIH (Route européenne de la culture industrielle).

informations pratiques

Écomusée du Bois-du-Luc
rue Saint-Patrice 2b / 7110 La Louvière (Houdeng-Aimeries)
32 (0) 64 28 20 00
Entrée : 4 €
GRATUIT le 1er dimanche du mois !
Ouvert du 1er mai au 30 septembre 2015, du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00, les samedis et dimanches de 10h00 à 18h00.
Possibilité de visites guidées pour des groupes, sur réservation.
Accès libre avec un ticket "découverte" du site minier du Bois-du-Luc !