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ARTour 2015
Médiathèque

L’arrière-cour des miracles / Affiches sur la tempérance

Philippe Decressac / collection du Mundaneum

Dans cette exposition, les dessins de Philippe Decressac dialoguent avec une série d’affiches de "promotion de la tempérance", issues des collections du Mundaneum.

 

L’arrière-cour des miracles

C’est un dimanche après-midi, à La Louvière. Rien à faire. Philippe se balade en ville. Il entre dans un café, pour boire une bière d’abbaye, avec du fromage. Une ambiance qu’il affectionne, les bars et leurs piliers font partie de ce qu’il aime : les rapports avec les gens sont simples, sincères. Ces gens-là, il en fait partie, depuis l’enfance.

Philippe Decressac, Arrière-cour, dessin, technique mixte.

Installé sur une banquette, les fauteuils d’orchestre du bistrot, le Louviérois se sent petit à petit glisser dans un monde insoupçonné… La réalité ici est rude. Un air épais, lourd, rance. Des voix rauques, des rires gras, poussifs. Des visages tombants, ivres pour la plupart. Des gens pas frais. Deux poussettes, des enfants qui pleurent, ou qui dorment. Un chien qui se frotte contre la jambe d’une cliente (ça fait rire à grandes dents à la table voisine). Un couple qui se hurle des injures mal articulées, une femme seule qui pleure. C’est sans gêne, on dirait sans tabou. Le fond de l’humain, la perte du liant et de la norme qui permettent de s’accrocher.
Philippe Decressac, Arrière-cour, dessin, technique mixte.

Ce n’est pas la pauvreté. Les pauvres ne sont pas sales. Pas vulgaires, pas alcooliques. Les pauvres ne se passent pas de leur dignité et ne se débarrassent pas de leurs enfants. C’est une variété aggravée de la misère, une suite sans mesure de mauvais départs, de chutes, de faillites, d’abandons…
Zola dit de L’Assommoir qu’il s’agit du premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple. L’écrivain voulait y montrer le parler et les mœurs des ouvriers, et décrire fidèlement les ravages causés par la pauvreté, c’est ce qu’on a appelé le "naturalisme". On voudrait croire que Zola a mis dans ce lieu (L’Assommoir est aussi le nom du café où Gervaise et Lantier vont s’alcooliser jusqu’à s’anéantir) l’essence de toutes les misères, concentré toutes les sorties de route, accumulé tous les excès. Comme on pourrait croire que Decressac dresse des portraits plus noirs que l’enfer. Pourtant, il est un endroit, caché, où la réalité est plus pourrie que la caricature ; nous l’appelons L’arrière-cour des miracles.
Vincent Dierickx

Affiches sur la tempérance

collection du Mundaneum

A la fin du 19e siècle, plusieurs ligues antialcooliques sont créées. Pour contrer les nombreuses réclames vantant les plaisirs de l’alcool, ces ligues commandent aux meilleurs dessinateurs de l’époque des affiches qui dénoncent les dangers des boissons ébrieuses.
L’ouvrier est la cible essentielle de ces campagnes de prévention. À regarder son vêtement, négligé, rapiécé, sale, sa casquette, son foulard, l’homme est maçon, mineur, boulanger… On s’adresse à lui en le tutoyant. Seul dans un café, enchaîné au bar, glissant vers le bas, il tangue, grotesque, il a le regard absent d’une ivresse rapide et abrutissante. L’alcoolisme n’existe pas encore en tant que maladie, on le confond avec l’ivrognerie, l’ivresse fulgurante et aiguë…

On lit sur ces affiches la déchéance sociale, la pauvreté accablante, la violence conjugale, la honte, la mort épouvantable… Des leçons de morale, un ton paternaliste, quand on considère le travailleur comme un grand enfant assorti d’un mauvais mari et d’un mauvais père, mais aussi un mauvais citoyen, dépensier et peu instruit. Tout en cherchant à lutter contre l’ivrognerie, les ligues tentent de fixer l’ouvrier à sa famille et la famille à l’usine. En revanche, contrairement aux associations qui les ont précédées, elles n’assimilent
plus les cafés à des lieux où se fomentent les révolutions, mais à des assommoirs empêchant la "classe ouvrière" de s’instruire et de se "développer intellectuellement" en vue de son émancipation.
Vincent Dierickx

Médiathèque, La Louvière

Le Centre de Ressources Multimédia/La Médiathèque possède des milliers de documents à destination des adultes, des adolescents et des plus jeunes. Avec des collections actualisées dans tous les domaines de la connaissance, le CRM offre un large éventail des cultures d’aujourd’hui et d’hier.
Sa discothèque permet de découvrir la musique sous tous ses aspects : chanson, rap, pop, rock, électro, reggae, musique du monde, musique de film, musique classique, jazz...
Le CRM propose une collection impressionnante de films et de documentaires : de Méliès à Spielberg et, bien entendu, toujours à la pointe de l’actualité.
Un choix important pour stations Wii, DS, XBOX, PSP , PS2 ou PS 3 vient compléter cette offre en matière de jeux pour PC.
Ses médias peuvent être empruntés à la journée ou à la semaine.
Les portes de son Atelier histoire-actualité sont gratuitement ouvertes chaque second mercredi du mois (de septembre à juin).
Les cimaises de la Médiathèque accueillent, tout au long de l’année, des artistes de la région du Centre.

infos pratiques

La Médiathèque
rue Albert 1er 36 / 7100 La Louvière
064 22 62 93 / crm@centreindigo.org
Entrée libre !
Ouvert les mardis, mercredis et vendredis de 12h00 à 18h00, les samedis de 10h00 à 18h00.