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ARTour 2015
Musée Royal de Mariemont

œUVRE AU NOIR / Warocqué – Lennep, l’improbable rencontre

Partenaire de l’événement depuis sa création, le Musée royal de Mariemont, établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, accorde non seulement une place importante au dialogue entre les cultures, mais aussi à la confrontation/rencontre entre les arts anciens et contemporains ; le passé et le présent.

Par la confrontation de quatre œuvres majeures de Jacques Lennep et des photographies des albums de Warocqué, le spectateur découvrira deux narrations visuelles du monde ouvrier, deux discours différemment engagés. Par le biais d’un dispositif numérique, scénographié par l’Atelier de l’Imagier, les repères chronologiques s’estompent pour permettre au visiteur de jeter un regard neuf sur ces deux mises en scène complémentaires.

Raoul Warocqué (1870 - 1917)
Issu de la grande bourgeoisie du 19e siècle, Raoul Warocqué, à l’origine de la fondation du musée, a su tirer parti des intérêts dans les charbonnages de Bascoup et de Mariemont dont il détenait plus de la moitié des actions. Ses archives et photographies personnelles dévoilent son rôle de mécène et de philanthrope, participant au développement de l’enseignement et de la culture, mais aussi à l’évolution sociale et politique en Belgique.

Cet exercice pluriel du pouvoir s’accompagne de la mise en place d’un discours idéologique étayé par des publications et une iconographie. En rachetant le journal louviérois Les Nouvelles, par exemple, Warocqué s’assure de légitimer l’idée que la grande bourgeoisie est la classe la plus apte à diriger. Mais que nous disent les témoignages photographiques sur les ouvriers qui travaillent pour lui ? Légitimation d’un discours paternaliste ou mémoire vibrante d’un passé qui ne cesse de nous hanter ?

Jacques Lennep
Avec Charbonnage abandonné (1975), Le Bois du Cazier (1975), Marcinelle (1984) et le triptyque Coup de grisou (1985), Jacques Lennep, tout en convoquant la part de création et de destruction dans le travail de mémoire, "décille notre regard" et nous invite à reconsidérer cet héritage à nouveaux frais. Artiste et historien d’art, Lennep s’intéresse, dès les années 1970, à l’art comme espace de relations : en ménageant au spectateur un espace de liberté, il lui permet de se réapproprier ces objets entre histoire et création contemporaine pour en devenir le "spectacteur".

Jacques Lennep. Le bois du Cazier, 1975, huile sur toile, 80 x 70 cm, charbon, lampe de mineur.
L’Atelier de l’Imagier
Fort de son expérience de numérisation des fonds patrimoniaux dans différentes institutions publiques en Belgique, dont plusieurs documents de la Réserve précieuse du musée, l’Atelier de l’Imagier met en scène un dispositif dynamique et immersif, mêlant technologie de numérisation de pointe, pour un rendu de haute définition, aux archives photographiques des albums de Raoul Warocqué.

Ce matin du 8 août 1956, je me trouve à Marcinelle, chez des cousins (Raymond et Germaine Geerkens), au 85 rue du Vieux Moulin quand on apprend qu’un incident grave s’est produit à la mine proche du Bois du Cazier. Les voisins sortent dans la rue et se disent "C’est le grisou !". En fait, la catastrophe (262 morts) a été provoquée par un wagonnet ayant arraché des câbles électriques – ce qui déclencha un incendie. Aussitôt, je me rends à vélo sur le lieu du drame.

Jacques Lennep. Charbonnage abandonné, 1975, huile acrylique et craie sur toile,
130 x 110 cm, coll. Ville de La Louvière

J’ai évoqué celui-ci dans quatre tableaux dont un a figuré, en 1975, dans une exposition qui a fait date : Mémoire d’un Pays noir au Palais des beaux-arts de Charleroi. C’est une initiative du CAP (Cercle d’art prospectif) que j’avais fondé trois ans plus tôt. Outre ses membres, elle rassemble des artistes français comme Christian Boltanski ou Anne et Patrick Poirier. L’accrochage est dû à Robert Rousseau, directeur du Palais, qui y confronte les travaux contemporains à des  œuvres anciennes retraçant le passé industriel d’une
région en pleine crise due surtout à la fermeture des charbonnages : Douard, Meunier, Paulus... Soucieux d’aller au contact des Carolos, je m’exhibe sur le marché dominical, en face du Palais, entre deux échoppes, vêtu de noir et arborant un parapluie noir sur lequel est inscrit "C. Monet – impression soleil levant".
J’habite alors à proximité au 20 boulevard Solvay, rejeton d’une famille dont l’arrière grand-père maternel était lamineur. Cette existence au Pays noir m’a fortement déterminé. Le noir sous ses aspects historiques, symboliques et conceptuels est toujours présent dans mes travaux. Il occulte l’image, une manière de dire : "Attention, ce qui compte aussi c’est votre vision." Il me sert à écrire
des mots à la craie blanche, comme sur un tableau d’école. L’image et le mot doivent contribuer à donner du sens.
Très tôt, je m’intéresse à l’alchimie qui accorde au noir une place prioritaire. L’alchimiste doit se faire mineur, explorer les entrailles de la terre pour y découvrir la matière première qui lui permettra de la transmuter en or, le métal solaire. Il s’agit de cette œuvre-au-noir qui inspira à Marguerite Yourcenar son célèbre roman. Au milieu des années 70, cette quête je la retrouve exprimée inconsciemment chez un mineur, un émigré italien : Ezio Bucci. Il s’impose comme le supporter par excellence du Sporting Club de Charleroi (les Zèbres), en se métamorphosant en homme-zèbre. Après son dur labeur, les jours de matchs, ce Buren avant la lettre se raie de blanc et noir des pieds aux cheveux. Et chez lui, 11 rue de la Tombe à Mont-sur-Marchienne, sa maison, ses meubles, son jardin, tout est zébré. Au fond des boyaux, le ballon de foot est devenu pour lui l’expression de la lumière, de la liberté, de la créativité.
Jacques LENNEP

Historien de l’art. Artiste pluridisciplinaire créateur d’un Musée de l’homme en 1974. Initiateur de l’esthétique relationnelle. Professeur à l’Académie royale des beaux-arts (Bruxelles). Membre de l’Académie royale de Belgique.
Jacques Lennep.

Musée Royal de Mariemont, Morlanwelz

Les Bourgeois de Calais (Rodin), des centaines d’œuvres d’Egypte, de Grèce et de Rome (la statue monumentale de Cléopâtre, les fresques d’une villa de Pompéi), une remarquable collection d’Antiquités chinoises, un pavillon de thé, un boudha monumental, des centaines de pièces du Japon, de Corée, du Vietnam, la plus belle collection au monde de porcelaines de Tournai, des trésors archéologiques et historiques, 15.000 livres précieux, 6000 autographes dont ceux de Mozart, Napoléon, Champollion…

Les ruines du palais de Charles de Lorraine, un parc à l’anglaise de 45 hectares, réserve de 2.000 essences différentes, et un bâtiment contemporain signé Roger Bastin accueillent les œuvres d’art rassemblées autour de l’impressionnante collection de Raoul Warocqué.

"Mariemont" est un musée de haut niveau, inscrit au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, comparable aux plus grands musées du monde.


infos pratiques

Musée royal de Mariemont
chaussée de Mariemont 100 / 7140 Morlanwelz
064 21 21 93
Entrée : 5 €
Ouvert tous les jours sauf les lundis non fériés, d’avril à septembre, de 10h00 à 18h00 et d’octobre à mars, de 10h00 à 17h00.
LE PARC ouvre ses grilles tous les jours à 9h d’avril à septembre, à 10h d’octobre à mars et les referme à 17h de novembre à mars, à 18h d’avril à octobre (à 19h les dimanches et jours fériés de mai à août).