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le programme - SAISON 1
Moutoufs
Moutoufs

Moutoufs article 27, scolaire, théâtre

mar 23.01 /// 20:00
Le Théâtre /// place Communale /// La Louvière
Ce spectacle, c’est l’histoire de cinq Belges qui ont un père marocain. Ça aurait pu être aussi l’histoire de cinq Marocains qui ont une mère belge.

Ana Ouananiche. Ça aurait pu être le titre du spectacle. Ça veut dire « je suis une ouananiche ». C’est un saumon mais on dit une ouananiche, c’est une espèce de saumon d’eau douce, qui a la particularité de ne pas remonter la rivière.Ouananiche, ça veut dire « le petit égaré ». Ca vient du "montagnais", c’est une langue d’une tribu indienne du Québec. Mais on trouvait que ça sonnait très arabe. Et que ça pourrait faire un bon titre.
Nos pères sont des ouananiches : ils viennent de la mer, et ils ont été bloqués sur le continent. Nos pères sont des saumons égarés.
Ça aurait pu être un titre, mais il aurait fallu expliquer tout ça à chaque fois.

Alors, on a préféré appeler ça Moutoufs.
C’est comme ça qu’on nous appelait, nous, les Marocains, dans la cour de récré. Aujourd’hui ça nous fait rire. Mais seulement aujourd’hui.
D’autant que nous, on n’est même pas des vrais Moutoufs. Seulement des semi-Moutoufs.
Voilà deux ans et demi maintenant qu’on bosse, entre Moutoufs. On s’est regroupés entre bâtards comédiens. Et si on parlait de nos pères ? Et si on osait regarder dans le rétro, maintenant ? Et si on arrêtait de fuir cette question, qui nous revient avec toujours plus de force, et qui commence à poindre dans le regard de nos enfants ?
On s’est réunis, en un Kholektif Zouf, autour d’un aspect précis de nos identités : nos pères sont Marocains et nos mères Belges. Tous mi-figue mi-raisin, à l’identité floue, avons vécu le même vide.
Nos pères ne nous ont quasi rien transmis. Ni leur langue, ni leur religion, ni leur culture, ni leurs coutumes. La seule chose qu’ils nous aient transmise, peut-être, c’est une certaine nostalgie, un vieux rêve de saumons de remonter un jour la rivière.

Une écriture commune faite de nos témoignages, de nos histoires et de nos fantasmes. De notre rapport aux clichés, au racisme et aux injures de cour de récré. Alors est venu ce mot, "Moutoufs", tout droit sorti de notre enfance et des clichés dans le regard des autres, ou même dans notre regard à nous. C’est sous ce titre-là qu’on notait nos rendez-vous dans nos agendas. Ça nous faisait marrer. De s’injurier, comme ça, mutuellement. D’une boutade, c’est devenu notre mot de passe. On n’a plus trop su comment nommer notre projet autrement.

De et avec Hakim Louk’man, Monia Douieb, Myriem Akhediou, Othmane Moumen et Jasmina Douieb - mise en scène : Jasmina Douieb - scénographie et costumes : Renata Gorka - son : Daphné D’Heur - lumière : Benoît Lavalard - assistanat : Alexandre Drouet - œil extérieur et conseils dramaturgiques : Lara Hubinont - mouvement : Aubéline Barbieux.